23 décembre 2006

La gratuité deviendra-t-elle un bien ?

par crazyjack @ 2006-12-23 - 21:30:32

« Non Carle, ça n’est pas fait pour un profit, ou tout au moins pour un profit comme tu le comprends. C’est fait pour le grand profit. C’est fait, mon vieux, pour que notre Joie demeure. »(*)


Et si tout était à portée de main !


Cette éventualité séduisante, dans un premier temps ravit, et puis, inévitablement, quelqu’un évoque la lassitude que cela induirait. On pense évidemment au manque d’intérêt que l’on pourrait alors ressentir. Le désir de conquêtes, celui de posséder, les rêves qui s’y rattachent sont autant de notions qui viennent ternir le bel enthousiasme des premiers instants.

Nous évoluons dans un  monde qui, aussi loin que nous puissions remonter, s’est construit autour de cette idée du désir, de la conquête, de la possession et, par voie de conséquence, nous voyons bien qu’il s’est organisé avec cette seule idée : comment y parvenir ? Trois grandes familles de réponses sont apparues : la violence, la ruse, le travail. La bénédiction divine, qui peut ou non être de la partie, n’est pas une quatrième voie.

La tentation est forte de considérer comme sans intérêt tout ce qui serait acquis sans effort et de mesurer, à l’aulne de la souffrance, la qualité d’un bien possédé.

Mais c’est oublier la plénitude d’une part et le plaisir de la recherche d’autre part. C’est nier l’activité créatrice naturelle de l’homme et, par conséquent, les désillusions qui l’accompagnent, ainsi que les grandes joies qu’elle génère aussi, le but atteint.


Le challenge pourrait être :

Comment faire pour que la mise à disposition gratuite d’un maximum de biens et de services puisse se faire sans générer de gâchis, ni de frustrations ?

Comment tendre vers une harmonie et un équilibre naturels ?


Il n’est pas question de supprimer la notion de propriété, mais plutôt d’en faire apparaître les limites. A quoi me sert-il d’avoir ceci ou cela dont je n’ai pas ou plus l’usage ? De quelle assurance ai-je besoin et pour me protéger de quoi ?

La possession est un moteur qui s’auto-alimente sur le risque du manque. Rapportée à l’argent, cette constatation ne tient que parce que le système n’a pas su, ou pas voulu, instaurer une valeur constante, créant délibérément des zones d’incertitudes, afin d’entretenir le doute et le besoin d’accumulation. Cette situation de richesse génère à son tour un sentiment de puissance.

On affiche alors ce que l’on a, comme un principe de souveraineté, et cette obsession devient si forte que le possédant finit par être possédé.

Renverser la tendance c’est donc, au bout du compte, accepter et la faire sienne cette simple idée expliquée par Bobbi à Jourdan :

« Le monde se trompe. Vous croyez que c’est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l’a dit. Moi je vous dis que c’est ce que vous donnez qui vous fait riche... »(*)


Posséder n’a de sens que pour ce qui concerne l’essentiel. Aujourd’hui, plus que jamais, le superflu ressemble à une injure, à de l’irrespect. Comment peut-on s’arroger le bord des rivières, le frais des forêts, la vue des bords de mer, le sable d’une crique ou le coucher de soleil des rives d’un lac ?

Plus personne ne peut décemment prétendre posséder une idée, comme si elle avait pu naître de sa seule personne, comme si l’abstraction était faite sur tout ce que la société à mis en oeuvre avant pour que cette idée germe dans cette tête là.

Evidemment, personne ne peut oser s’estimer propriétaire d’une autre personne. De ce dernier point de vue, il faut donc faire attention aux possessifs d’usage facile : ma femme, mon mari, mon coiffeur, mon médecin. Ils sont le reflet d’une civilisation de l’accaparement et une des premières manifestations de l’exclusivité redoutable.

Depuis peu, Internet ouvre une porte vers des comportements nouveaux. A voir absolument le site  http://www.pronetariat.com et le livre téléchargeable de Joël de Rosnay intitulé « La révolte du pronétariat. »


Pour terminer je vous invite à lire ou à relire « Que ma joie demeure » de Jean Giono, le livre dont sont extraits les passages marqués d’un astérisque.


A+

Posté par louismalta à 21:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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